Thème

Histoires et historicité du cinéma

Ce thème regroupe les travaux portant sur l’histoire et l’historicité du cinéma, contribuant aux débats et défis actuels de l’historiographie, ainsi que les recherches pluridisciplinaires attentives à la contextualisation de leurs objets et croisant les méthodes de l’historien avec celle de l’analyse filmique ou avec des questionnements esthétiques.

L’écriture de l’histoire du cinéma, au sens de l’ensemble des discours qui accompagnent les films et pensent le cinéma, fait ainsi l’objet d’un questionnement épistémologique portant sur ses méthodes, ses outils et ses objets, mais aussi ses implications — symboliques, politiques, pédagogiques, etc. — en tant que fait social.

Les recherches de l’équipe contribuent en outre à penser le travail d’historicisation du cinéma, c’est-à-dire son inscription tout à la fois dans l’histoire des formes sensibles et dans  l’histoire des idées, l’histoire culturelle, sociale, économique et politique.

Il s’agit notamment de mener une réflexion sur l’histoire des formes filmiques, des pratiques et des usages du cinéma rapportée à l’histoire des arts, des médias et des techniques (approches génétiques, intertextuelles, archéologiques, figuratives, etc.). Sont en outre examinés les imaginaires collectifs, les cadres sociaux et économiques qui informent la fabrique et l’expérience du cinéma : genres et conventions de représentation, censures, modèles économiques, formes de la contre-culture, étude des systèmes hégémoniques adossée aux études visuelles et culturelles (études de genre, post-coloniales, subalternes, etc.).

Les recherches de l’équipe s’intéressent à des cinématographies consacrées comme à des cinématographies en voie de transformation, éloignées ou émergentes, au cinéma dominant, indépendant, mineur, ou encore aux stratégies du contre-cinéma. Elles questionnent les périodisations convenues ainsi que les processus de légitimation ou de patrimonialisation. Elles tiennent compte des résistances aussi bien que des effets de longue durée, examinent les époques de transition et contribuent à l’écriture d’une histoire discontinue, scandée par l’irruption de singularités. Elles portent sur des aires géographiques allant du territorial, du national ou du local au transnational et au global et ressortissent aussi bien à l’analyse des transferts culturels qu’à l’étude de l’histoire du cinéma d’un point de vue géopolitique.

À travers l’analyse des films, mais également l’étude de documents d’archives audiovisuelles et l’examen de supports non-film liés à l’histoire des images animées, il s’agit ainsi de saisir le contexte artistique, culturel ou médiatique de la fabrication des films et d’étudier leur fabrication et leur réception.

Sont par ailleurs interrogés les rapports que le cinéma entretient avec la mémoire collective ou individuelle. Conçu comme médium d’inscription et théâtre de la mémoire développant des stratégies poétiques spécifiques, le cinéma est ainsi envisagé dans sa capacité à organiser notre rapport au passé. Il est considéré comme un art capable de penser sa propre historicité, à la faveur, par exemple, de remplois, d’emprunts ou de migrations des figures. La temporalité complexe et la qualité « anachronique » des images ou encore l’étude des régimes historiques de la perception appareillée appellent également des éclairages anthropologiques.

Tirant profit des acquis récents dans le domaine de la conservation – restauration des patrimoines cinématographiques et audiovisuels et en matière de valorisation, les recherches de l’équipe contribuent à un affinement de la philologie des œuvres, de l’histoire de leurs versions et restaurations, en les inscrivant dans l’histoire et la généalogie des milieux techniques, procédés, machines et supports qui les constituent matériellement.

En s’appuyant sur l’apport des humanités numériques aux études cinématographiques, le développement et l’éditorialisation de plateformes spécifiques, il s’agit aussi de réfléchir aux déplacements et aux nouvelles formes d’écriture de l’histoire du cinéma induits en contexte numérique : changement d’échelle des corpus, étude des phénomènes de circulations et de relations inexplorées, transformation des pratiques collectives de  recherche.