Jan
30
jeu
2020
The time of this story is the future – Théâtres de la mémoire @ Institut national d'histoire de l'art, salle Jullian
Jan 30 @ 18 h 00 min – 20 h 00 min
The time of this story is the future - Théâtres de la mémoire @ Institut national d'histoire de l'art, salle Jullian
« « The time of this story is the future ». Du bon usage de l’anticipation pour faire émerger la conscience des crimes de masse » Ophir Lévy (Paris 8/ESTCA) avec Sylvie Lindeperg (répondante)

Dans la proximité immédiate avec des faits génocidaires, il arrive que la fable cinématographique se conjugue au futur, comme s’il s’agissait de s’accorder, par cette distance artificielle, le recul nécessaire à l’appréhension d’un événement qui déborde l’entendement. L’exemple le plus emblématique d’une telle démarche est sans doute None Shall Escape d’André de Toth, film tourné en octobre 1943 et sorti en février 1944, qui s’ouvre sur ces mots : « The time of this story is the future. The war is over » et qui imagine l’hypothétique procès d’un criminel de guerre jugé devant le « Tribunal International du district de Varsovie ». Alors même qu’Auschwitz fonctionne à plein régime, ce film est le premier à évoquer frontalement le sort des Juifs dans une Europe sous domination nazie.

En revenant sur la genèse de None Shall Escape, mais également en sollicitant d’autres exemples tirés aussi bien de la littérature de la fin du XIXe siècle que des dramatiques radio de l’immédiat après-guerre, nous voudrions interroger cet enchevêtrement des temporalités si caractéristique des récits marqués par la mémoire du génocide et nous demander quelles pourraient être les vertus épistémologiques d’une telle projection de l’actualité dans l’avenir.

Ophir Levy est maître de conférences en études cinématographiques à l’université Paris 8 – Vincennes – Saint-Denis. Sa thèse consacrée à la migration des images d’archives de la déportation et à l’empreinte souterraine de la mémoire de la Shoah dans le cinéma contemporain (sous la dir. de Sylvie Lindeperg, université Paris 1 – « Prix de la Recherche » de l’Inathèque en 2014) a donné lieu à la publication de l’ouvrage Images clandestines. Métamorphoses d’une mémoire visuelle des « camps » (Hermann, 2016). Il est également l’auteur de Penser l’humain à l’aune de la douleur. Philosophie, histoire, médecine. 1845-1945 (L’Harmattan, 2009).

Séance dans le cadre du séminaire inter-universitaire Théâtres de la mémoire.

Fév
13
jeu
2020
Les images des barricades – Théâtres de la mémoire @ Institut national d'histoire de l'art, salle Jullian
Fév 13 @ 18 h 00 min – 20 h 00 min
Les images des barricades - Théâtres de la mémoire @ Institut national d'histoire de l'art, salle Jullian
« Les images des barricades » Jennifer Wild (université de Chicago) avec Arno Gisinger (répondant)

La communication de Jennifer Wild portera sur des dimensions politiques et matérielles d’un devenir temporel de la photographie.

Elle s’interrogera sur la capacité de « reconnaissance radicale » qu’a l’image photographique à l’égard des sujets marginaux, opprimés ou « subalternes ». C’est à partir des photographies des barricades de la Commune de Paris (1871) que sera menée l’enquête historique sur les révolutions politiques, culturelles et artistiques, à travers la photographie, le cinéma et les arts.

Les photographies des barricades constituent, d’une part, les traces historiques d’une insurrection passée et de la résistance « performative » des citoyens. Mais elles constituent aussi le fonds à partir duquel explorer les esthétiques, politiques et matérielles, que permet la « nouvelle » photographie (circa 1871). D’autre part, ces photographies font également de l’image des barricades un ensemble figural ou une forme qui réunit soulèvement populaire et stratégies matérielles. A la demande de reconnaissance sociale et politique, cette combinaison associe surtout une demande de visibilité.

L’idée centrale de cette intervention est que la barricade offre un point de vue alternatif permettant d’examiner les formes photographiques et filmiques ultérieures. Celles-ci mettent en relief la matérialité de la photographie, à la fois en termes de longue durée (de la politique esthétique de l’image) et comme capacité de la photographie à libérer les sujets photographiques de leur position culturelle subordonnée, afin qu’ils puissent être reconnus dans leur intégrité et leur humanité. Cela met en lumière le fait qu’ont été sous-estimées les relations du médium photographique avec l’Histoire comme avec la fonction historique de l’esthétique politique de l’image.

Jennifer Wild, Professeure dans les deux départements de Cinema & Media Studies et Romance Languages & Literatures à L’Université de Chicago, est l’auteure du livre The Parisian Avant-Garde in the Age of Cinema (University of California Press, 2015).

Arno Gisinger, Maître de conférences au département de photographie (UFR Arts, Philosophie, Esthétique) à l’Université Paris 8, est photographe, plasticien et historien.

Séance dans le cadre du séminaire inter-universitaire Théâtres de la mémoire.

Mar
12
jeu
2020
Trump, un film d’Amérique – Théâtres de la mémoire @ Institut national d'histoire de l'art, salle Jullian
Mar 12 @ 18 h 00 min – 20 h 00 min
Trump, un film d’Amérique - Théâtres de la mémoire @ Institut national d'histoire de l'art, salle Jullian
« Trump, un film d’Amérique » Dork Zabunyan (ESTCA) avec Matthias Steinle (répondant, Sorbonne nouvelle – Paris 3)

Après discussion à propos de la consigne « le 5 mars, l’université s’arrête », il a été décidé de maintenir la séance du jeudi 12 mars. Dans le contexte actuel de mobilisation contre le projet de la réforme de l’université (LPPR), il nous a semblé important de poursuivre une réflexion qui cherche à aiguiser, avec le cinéma, des outils d’analyse pour comprendre et éventuellement avoir prise sur notre histoire contemporaine.

À cette décision, Dork Zabunyan aimerait ajouter ceci, en lien avec le sujet de son intervention : « La LPPR est triste, Trump est archi-triste. Et ce serait encore plus triste de ne pas échanger sur l’une comme sur l’autre dans le cadre d’un séminaire qui se veut critique et qui existe depuis 17 ans malgré toutes les contraintes économiques ».

L’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis d’Amérique a bouleversé les modes de représentation fictionnels du pouvoir politique au cinéma comme à la télévision. Les scénaristes de Hollywood sont en crise et les showrunners de séries télévisées sont aux abois : le 45e président  américain ne ressemble à aucun autre, et il rend obsolète la figure même du « leader du monde libre ».

Plusieurs questionnements qui engagent l’avenir de la création cinématographique accompagnent cette crise de la fiction à l’ère de Trump : un biopic de l’actuel président américain qui ne tomberait pas dans l’écueil du bêtisier est-il possible ? Si une caricature de la caricature est contre-productive d’un point de vue critique, quelles puissances d’expression le cinéma peut-il mobiliser pour dénoncer le fascisme mêlé de bouffonerie de Trump ? La fiction historique peut-elle se prévaloir de faire le « procès » du président américain, comme Hans J. Syberberg s’était proposé de réaliser, avec les moyens du cinéma, le « procès de Hitler » (dans Hitler, un film d’Allemagne, 1977) ? Peut-on esquisser au final les contre-images de Trump qui resteront dans nos mémoires ? Et ces contre-images pourront-elles constituer à leur tour le contrepoint d’un individu dont l’action politique annule le passé et méprise l’Histoire ?

Dork Zabunyan est professeur en cinéma à l’Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis. Deux de ses ouvrages ont été récemment traduits en anglais : Foucault at the Movies (avec P. Maniglier, Columbia UP, 2018, trad. Clare O’Farrell) et The Insistence of Struggle (IF Publications, 2019, trad. Stefan Tarnowski). Il prépare actuellement un essai sur les images de Donald Trump.

Séance dans le cadre du séminaire inter-universitaire Théâtres de la mémoire.

Nov
12
jeu
2020
Hommage à Michèle Lagny – Théâtres de la mémoire REPORTÉ @ Institut national d'histoire de l'art, salle Jullian
Nov 12 @ 18 h 00 min – 20 h 00 min
Hommage à Michèle Lagny - Théâtres de la mémoire REPORTÉ @ Institut national d'histoire de l'art, salle Jullian
Présentation du recueil d’articles de Michèle Lagny (codirectrice de « Théâtres de la mémoire », 2003-2018)

Hors cadre : imaginaires cinématographiques de l’histoire (Hermann, coll. « L’esprit du cinéma », 2020) par les quatre coéditrices du volume : Emmanuelle André (Paris 7), Christa Blümlinger (Paris 8), Sylvie Lindeperg (Paris 1) et Sylvie Rollet (Poitiers)

 

Les textes réunis dans le volume – dont l’écriture s’échelonne sur un peu plus de trente ans –dessinent le visage d’une chercheuse infatigable, animée d’une indéfectible curiosité. Au tournant des années 1970 et 1980, en France, l’entreprise pionnière de Marc Ferro a commencé à fissurer le mur qui sépare la recherche historique et l’analyse des discours audiovisuels. Ce moment où les domaines de compétence se redéfinissent et où les certitudes s’effondrent est celui des premières publications de Michèle Lagny, consacrées à la Révolution russe filmée par Eisenstein. Elle se convainc immédiatement d’un principe, qu’elle ne cessera de répéter : il faut « faire de l’analyse filmique un préalable instrumental à la démarche proprement historique. » 

Séance dans le cadre du séminaire inter-universitaire Théâtres de la mémoire.

Déc
10
jeu
2020
Trump, un film d’Amérique – Théâtres de la mémoire @ Institut national d'histoire de l'art, salle Jullian
Déc 10 @ 18 h 00 min – 20 h 00 min
Trump, un film d’Amérique - Théâtres de la mémoire @ Institut national d'histoire de l'art, salle Jullian
« Trump, un film d’Amérique » Dork Zabunyan (Paris 8)

Reprise de la séance interrompue du 12 mars dernier.

L’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis d’Amérique a bouleversé les modes de représentation fictionnels du pouvoir politique au cinéma comme à la télévision. Les scénaristes de Hollywood sont en crise et les showrunners de séries télévisées sont aux abois : le 45e président  américain ne ressemble à aucun autre, et il rend obsolète la figure même du « leader du monde libre ».

Plusieurs questionnements qui engagent l’avenir de la création cinématographique accompagnent cette crise de la fiction à l’ère de Trump : un biopic de l’actuel président américain qui ne tomberait pas dans l’écueil du bêtisier est-il possible ? Si une caricature de la caricature est contre-productive d’un point de vue critique, quelles puissances d’expression le cinéma peut-il mobiliser pour dénoncer le fascisme mêlé de bouffonerie de Trump ? La fiction historique peut-elle se prévaloir de faire le « procès » du président américain, comme Hans J. Syberberg s’était proposé de réaliser, avec les moyens du cinéma, le « procès de Hitler » (dans Hitler, un film d’Allemagne, 1977) ? Peut-on esquisser au final les contre-images de Trump qui resteront dans nos mémoires ? Et ces contre-images pourront-elles constituer à leur tour le contrepoint d’un individu dont l’action politique annule le passé et méprise l’Histoire ?

Dork Zabunyan est professeur en cinéma à l’Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis. Deux de ses ouvrages ont été récemment traduits en anglais : Foucault at the Movies (avec P. Maniglier, Columbia UP, 2018, trad. Clare O’Farrell) et The Insistence of Struggle (IF Publications, 2019, trad. Stefan Tarnowski). Il prépare actuellement un essai sur les images de Donald Trump.

Séance dans le cadre du séminaire inter-universitaire Théâtres de la mémoire.